Lors du forum de Dakar consacré sur la sécurité au sahel, le monde entier avait assisté aux révélations faites par le président tchadien Idriss Deby sur les évènements qui se sont passés en Libye en 2011. Pour Deby, l'objectif de la guerre contre Kadhafi n'était pas la protection des civils à Benghazi, encore moins l'instauration d'un pluralisme démocratique, mais le but était d'assassiner Kadhafi. Dès que le «guide» tué, «on a plié bagages sans effectuer le service après vente». Pourquoi cette sortie? Et quel est son but?


Idriss Deby, le protégé de Kadhafi

Les relations entre Deby et Kadhafi remontent aux années des guerres civiles au Tchad opposant Goukouni Weddeye, soutenu par la Libye, à Hissein Habré aidé par la France. Ces relations qui étaient indirectes et conflictuelles au départ, évoluent vers un rapprochement direct et bienveillant.
Après la guerre de N'djamena en 1980 et la défaite des forces d'Hissein Habré, celles-ci se retirent vers la frontière soudanaise d'où Idriss Deby est originaire. Il est nommé chef d'Etat major et rentre triomphalement à N'djamena en juin 1982. Il dirigea l'armée tchadienne contre l'incursion des éléments du GUNT de Goukouni Weddeye en 1983, notamment à Abéché et Oumchaloba-Kalait, avant de céder sa place à Hassan Djamous qui organisa la reconquête du Nord contre les libyens. Les relations conflictuelles entre Deby et son futur mentor s'arrêtent ici.
Le 1er avril 1989, accusé de fomenter un coup d'état, le com-chef Hassan Djamous et ses soutiens (parmi lesquels figure Idriss Deby) furent chassés par les forces d'Hissein Habré jusqu'à la frontière soudanaise. Djamous, blessé, sera arrêté, tandis que Deby réussi à s'échapper. Il part en Libye et sera introduit chez Kadhafi par les anciens du GUNT. Il faut préciser aussi qu'en ce moment la rupture entre Goukouni et Kadhafi était déjà consommée.
Kadhafi avait une revanche à prendre sur Habré qui l'avait humilié en anéantissant ses forces positionnées au Nord du Tchad. Les rancœurs du guide libyen sont ravivées surtout à cause des aides fournies par Hissein Habré et les américains à un illustre prisonnier de guerre libyen du nom de Kalifa Haftar qui ambitionne de renverser Kadhafi.
Si le principal soutien de l'un des belligérants des années 80, Goukouni Weddeye, avait été lâché par la Libye, la France également ne tarda pas à laisser tomber Habré qui, de plus en plus, se rapprochait des américains. Profitant de la première guerre du golfe persique et la confusion que cela a entrainée sur le plan géopolitique, une autoroute vers le pouvoir s'est grandement ouverte à Deby et ses amis du MPS. Depuis lors, Kadhafi considérait Deby comme un allié incontournable, ami fidele, bref, un fils de ses œuvres. Au cours de la décennie 90, à la moindre difficulté financière, le parrain envoyait des valises pleines de pétrodollar. La fidélité de Kadhafi à Deby était indéfectible, sa loyauté était infaillible jusqu'à sa mort. L'inverse n'est pas prouvable.


«L'assassinat» de Kadhafi

Selon certaines sources, Idriss Deby aurait déclaré à ses parents, son clan, que pour conserver le pouvoir il faut une seule condition: «il faut avoir la Libye et la France dans sa poche», le reste c'est du baratin. La démocratie, la justice, les droits de l'Homme, ce sont des vains mots. C'est comme ça que Deby s'agrippe depuis plus de deux décennies au pouvoir. Or comme la nature a ses règles, il se trouve que dans l'intervalle les poches de Deby se sont étrécies et les parrains commencent à se tabasser. Alors Deby laissa tomber le guide, pour venir verser des larmes de crocodile aujourd'hui. Il pense galvaniser une opinion africaine choquée par le traitement réservé à Kadhafi, tout en continuant à aider les tribus du sud libyens à se taper dessus. On nous martèle que si le Mali est déstabilisé par Aqmi, si le Nigeria est attaqué par Boko Haram, ça serait les conséquences de la chute de Kadhafi. C'est une conclusion simple et rapide, car si on regarde les choses de près, leur complexité nous saute à la figure. Il faut se rappeler que dans les années 80, on nous avertissait que Kadhafi préparait une horde de mercenaires appelée « légion islamique » pour non seulement conquérir, mais islamiser et arabiser toute l'Afrique. A l'époque, le rempart contre «la folie de Kadhafi» s'appelait Hissein Habré. Par ces déclarations, Deby vient de mettre en cause tous les discours tenus contre Kadhafi qui, non seulement ont valu aux Peuple libyen un embargo destructeur de plusieurs années, mais aussi encouragé et entretenu la guerre entre le Tchad et la Libye qui a fait des milliers des morts. Mais pour les plus avertis, les réalités sont autres.
La sortie de Deby contre la France à Dakar était une farce pour faire croire à l'opinion qu'il tient tête à l'occident. Tel un tartarin de temps modernes, cette sortie a pour but de demontre à l'opinion que s'il va en Libye c'est par son propre chef et non parce qu'on lui avait dicté cela. Ici, ce n'est pas de chasses aux lions il s'agit mais d'aller effectuer «le service après vente» oublié par Sarkozy et Longuet (qui se trouvait d'ailleurs dans la salle et vu l'expression de son visage, il n'a pas apprécié le «one man show» de Deby).
Au moment où nous mettons ces écrits en ligne, des nouvelles alarmantes font état d'incursion de l'armée de Deby dans le sud libyen. Si l'objectif officiel serait de chasser les rescapés des éléments d'Aqmi qui ont trouvé refuge dans la région d'Obary, Deby serait tenté de nettoyer le sud libyen de tout groupe tchadien hostile à lui.

La nostalgie cultivée par Deby à l'endroit de Kadhafi est déconcertante. Une réalité facilement constatable en Libye: Contrairement à Deby, aucun camp des belligérants ne regrette le départ de Kadhafi. Ni à Tobrouk, encore moins à Misurata, la mort du guide n'a provoqué de remords ou désenchantement tellement qu'il oppressait le Peuple libyen.

Ahmat Youssouf

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